>Interview // SLY JOHNSON x DA VIBE

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Sly Johnson , connu sous le pseudonyme de The Mic Bouddha au sein du collectif Sain Supa Crew a sorti son premier album – 74 le 20 Septembre dernier  . Une Basse qui chaloupe et une voix qui chavire c’est sans hésitation que Da Vibe à rencontré l’artiste cet été dans les locaux D’Universal, son label . A écouter sans plus attendre !
Retour sur un parcours glorieux : du Saian Supa Crew en tant que beat box sous le nom The Mic Bouddha à aujourd’hui en tant que Sly Johnson, et pourquoi ce changement musical ?
Professionnellement avec le Saian ça remonte à plus de 10 ans avec une aventure qui a commencé en 1997 et qui c’est terminée en 2007. Trois albums sont sortis, d’autres projets duo, collaborations, énormément de concerts, je pense qu’on avait fait le tour des univers de chacun, on était arrivé au bout artistiquement. Mais, quelle belle aventure ! Toutes les belles histoires ont une fin. Je pense aussi que chaque membre du groupe avait besoin de faire un travail personnel sur lui–même qui donne aujourd’hui des choses intéressantes comme, par exemple, Féfé qui a sorti son premier album solo tout récemment, Vincelow  qui prend son temps mais qui travaille sur son projet, à découvrir sur scène c’est juste incroyable ! A venir aussi Sir Samuel avec un nouvel album et Sly Johnson (moi !!!) qui est dans les bacs depuis le 20 septembre avec un album intitulé « 74 ».
Concernant le Saian Supa Crew, Comment avez-vous géré votre notoriété à l’époque, arrivée assez rapidement même au-delà de la France ? La reconnaissance d’artiste ? Et comment as-tu su prendre du recul et créer ton univers maintenant ?
On a géré comme on peut, c’est vrai que ç’est arrivé très très vite après « Angela ». On était concentré sur ce qu’on devait donner dans nos shows, ce qu’on devait prouver au public. Notre objectif premier était de démarquer les esprits pendant nos concerts et de prouver qu’on était les plus forts et les plus imbattables sur scène et moins sur le disque. On a pas vraiment eu de soucis, on était tellement dans notre musique 7jours/7, 24heures/24. On était réellement dans notre matrice et on n’en sortait plus. Je pense que c’est ça qui nous a permis de fonctionner pendant 10 bonnes années.
Après comment j’ai fait moi pour savoir prendre du recul, c’est très simple : OBLIGÉ. Au sein du groupe, j’avais cette étiquette « La Bouche du Saian… », « Le beat boxer du Saian … dans le deuxième album ». J’ai pris ce rôle-là, je l’ai accepté, mais il est vrai qu’au bout d’un moment, je me suis posé des questions, à savoir : « Mais Sly tu es plus que ça … n’as-tu pas autre chose à donner ? », «  Qui es-tu Sly The Mic Bouddha  ? Et où vas-tu ?, « De quoi t’as envie  »  « Ce que tu n’aimes pas et ce que tu aimes ? … »
Encore une question par rapport au groupe (…). En 2000, il y avait vous le Saian Supa Crew  et en 2010 il y a la Sexion d’Assaut. Beaucoup de personnes ont du te faire les comparaison entre vos deux groupes. Est-ce flatteur pour toi, même si musicalement ce n’est pas la même orientation, d’avoir « une relève » ?
(Hésitant) Ecoute, je vais pas parler pour moi, mais pour tout le groupe, on s’est pas vraiment posé la question. Forcément la comparaison était inévitable, ça fait longtemps que le paysage du rap français n’a pas vu de « crew » réellement. Un grand crew, en plus de Paris. Il est vrai qu’il y a des techniques de Flow , qu’on entend rarement. Je n’ai pas vraiment d’avis, c’est une bonne chose qu’ils soient présents, ça fait près de deux années qu’ils sont sur le terrain à préparer leur arrivée. C’est bon pour eux, c’est bon pour le rap made in France. Ils amènent autre chose. Nous, on attendait par forcément de relève, on ne se positionne pas comme pionnier d’un mouvement. C’est cool en tout cas. BIG UP à eux !
La transition, Quête d’identité artistique ? Du Mc, au beat box au chanteur soul. Pourquoi soudainement ce changement d’identité musicale ? On a pu te voir à l’œuvre avec Oxmo Puccino ou encore Dee Dee Bridgewater. C’est peut-être à ce moment qu’on a pu comprendre qu’il y avait un réel potentiel dans l’artiste que tu es.
Il faut savoir que c’est Jean Philippe Mano, un disquaire chez qui je me fournissais en son, qui m’a ouvert deux, trois portes et fait découvrir un autre monde que celui du rap dans lequel je m’étais enfermé. C’est vrai que ça peut paraître soudain, ce revirement, ça fait longtemps que je me cherchais humainement et artistiquement. On revient un peu sur cette identité du beat boxer dont je te parlais avant cette question. J’étais fatigué de ce rôle, j’avais au fil de temps envie de faire autre chose. Fan de musique Rap, mais je savais que c’était pas via ce style que je pouvais sortir tout ce qu’il y avait à l’intérieur, toute cette complexité, mon ange de colère, de rage et d’amour. Un (savon lol !!) savant mélange très complexe de toutes ces choses-là qui ont eu beaucoup de mal à sortir pendant très longtemps. Tu peux donc imaginer la frustration, surtout quand après tu fais de la musique et que ces choses ne sortent pas. Soit tu te dis : « il faut que je fasse autre chose, je vais péter un plomb, arrêter la musique. ». J’ai pris le temps de la réflexion, de me poser, écouter d’autres styles grâce à Jean-Phillipe qui m’a ouvert sur un monde Funk et Soul, que je connaissais très peu. Je ne suis pas un enfant de la Soul. Attention c’est ma phrase du moment (rire). Mais c’est celle qui m’a touché le plus.  C’est à travers cette musique que je peux enfin sortir des sentiments sincères. Enfin parler, communiquer, me sentir en paix avec moi-même.  Tu as pu citer les collaborations avec Oxmo, ou Dee Dee entre autres, mais aussi Erik Truffaz avec qui j’ai enregistré un album sur le label BLUE NOTE. Il y a aussi les collaborations avec Camille, Rokia Traoré et pleins d’autres. Ce sont toutes ces collaborations humaines et artistiques qui m’ont aidé au final à concevoir mon premier album, à le faire sereinement, avec une quasi pleine confiance en moi.
Tu as répondu pratiquement à ma prochaine question, qui était : « Dans quel état d’esprit te sentais-tu lors de la conception de cet album ? » Pourquoi déjà Sly Johnson chante en anglais, sachant qu’on est dans un pays ou on aime bien comprendre les paroles des chansons ?
Je me suis bien pris la tête à faire plein d’essais, mettre les titres en français puis en anglais pendant l’enregistrement de cet album, j’ai écris et composé une grande partie de cette album, hormis les reprises. Il y a d’autres chansons en anglais qui sortiront après cet album. Il y a aussi des titres disponibles en Bonus qui sont en français. Le choix de ne garder que les chansons en anglais, c’est juste pour une bonne cohésion de l’album avant tout. Le plus important c’est d’avoir un album super cohérent, ce n’est pas juste un album ou j’ai envie de mettre ce que je veux. Au final avec le label on est arrivé à cette forme la. Je pense que c’est le mieux qui soit.


Combien de temps as-tu mis pour réaliser cet album ?

Depuis la rencontre avec le réalisateur Jay Newland (Norah Jones, Ayo), on va dire 2 ans. Je pense que c’était la meilleure personne pour la réalisation de ce projet. Quelqu’un de très à l’écoute, avec une orientation musicale très large. Mais aussi des musiciens fantastiques, tels que TM Stevens, qui est un grand basiste très funk (James Brown, Joe Cocker, Tina Turner), aux baguettes : Cindy Blackman ex batteuse de Lenny Kravitz, qui a bossé avec plein de jazzmen aussi. Sherrod Barnes à la guitare (Whitney Houston), Larry Gold , arrangeur de son pour Erykah Badu, The Roots ou encore Justin Timberlake. Un album de très grande qualité.
Parlons maintenant des collaborations sur 74. Pourquoi ce choix de collaborations avec Ayo, Slum Village ou Rachel Claudio, les 3 principaux featuring de l’album ?
Pour Ayo : C’est juste en pensant à la chanson, en la réalisant, je voyais cette chanson en duo, depuis le début et très simplement je me suis dit que la personne qui conviendrait le plus serait elle. Ce n’est pas une proposition de ma maison de disque pour le coup. Sa voix et son intensité conviendraient parfaitement à ce titre « I’m Calling You ». On s’est rencontré sur Paris, pour enregistrer le morceau, le temps d’un week-end. L’enregistrement s’est déroulé super vite, elle avait préparé la séance à l’avance. On a bien rigolé pendant l’enregistrement. Deux, trois prises de voix bien drôles. Une belle collaboration.
Pour Slum Village : C’est un groupe dont je suis Fan depuis des années, fan de tout cet univers, tout ce son. J’ai pensé à eux. Au départ je voulais Q-Tip sur ce morceau. Ça a été super compliqué de l’avoir et la deuxième option fut Slum Village. Et parfois je me dis « mais pourquoi je n’y ai pas pensé plus tôt ? ». Le son du morceau sonne un peu Detroit. Donc pour moi c’est évident de les avoir sur ce morceau « Slaave 2 ». J’ai demandé à une amie : China Moses pour la citer, qui m’a aidé à pouvoir approcher Slum Village et à réaliser ce featuring en l’enregistrant à Detroit . Un vrai duo, pas virtuel. Je tiens à le préciser. Très bon feeling, ça se ressent dans le morceau.
Pour Rachel Claudio : C’est mon coup de cœur, ma découverte à moi, même si beaucoup l’ont découvert avant.  C’est une chanteuse juste incroyable.