SAN-NOM, LE RÉMOIS QUI S’IMPOSE DANS LE RAP FRANÇAIS

Koria

Après plusieurs mois de teasings, trois clips,une usine de Barbapapa pas très nette, une parodie de Top Chef, une fausse mixtape, le fauteur de troubles rémois San-Nom vient de sortir sa premier projet, la mixtape “Rien”.

L’occasion pour nous de connaître un peu plus cet artiste originaire de Reims qui se prend second degré, et de démontrer autant ses qualités de kickeur et de punchliner, que sa capacité à varier les styles et les références. Entretien !

Qui es-tu San-Nom ?

Je suis un petit con qui fait de la musique parce qu’il n’a jamais su trop quoi faire d’autre.

Ca ressemblait à quoi ta jeunesse à Reims ?

J’ai grandi dans un village à une dizaine de kilomètres de Reims, à la campagne. Mon enfance et mon adolescence ressemblent à ma vie d’aujourd’hui en soit, rien n’a vraiment changé à part les lieux et les personnes. Depuis tout jeune, je suis cloîtré dans mon trou à faire de la musique ou à en écouter, à écrire des conneries qui me passent par la tête, à regarder des films bizarres, à kiffer des livres que j’ai moi-même pas compris et à voir des potes quand tout le reste m’a saoulé. La seule différence, c’est que je picole plus que quand j’étais gosse !

Quelle place avait la musique dans ton enfance ?

La musique a une place majeure dans ma vie depuis toujours, j’ai voulu apprendre la guitare à 3 ans, j’en ai toujours beaucoup écouté. J’ai grandi avec Henri Dès d’abord, puis j’ai vraiment grandi avec la chanson française, Renaud, Gainsbourg, Dutronc, et d’autres que j’assume beaucoup moins ahah. Je passais mes week-ends dans les médiathèques de la ville à chiner les disques les plus étranges possibles ou les grands classiques qu’il me manquait et je passais mes journées dans ma chambre à tout écouter et à parfois pas du tout comprendre ce que j’écoutais, comme la première fois où j’ai emprunté un album de free-jazz. Il m’a fallu du temps pour aimer ça mais maintenant ça fait partie intégrante de ma vie et ça a été comme ça avec tous les genres de musique. Sauf le reggae, j’ai jamais détesté mais ça m’a toujours fait chier.

Koria

Dans ton projet, qu’est-ce qui a évolué par rapport à tes premiers titres, musicalement parlant et dans ta façon de travailler ?

Juste avant de signer chez RCA, mon label actuel, je me suis justement tapé une grosse phase où je suis revenu à mes fondamentaux de chanson française, plus particulièrement Renaud, après n’avoir écouté que du rap pendant quasiment trois ans. Avec le recul, ça a beaucoup influencé le projet qui est beaucoup plus chanté et mélodique que ce que j’avais pu faire avant, moi qui étais un horrible qui ne faisais que hurler dans ses morceaux et qui refusait catégoriquement de mettre une once de chant quelque part. Mais grâce à Renaud, j’ai également pu écrire mes morceaux les plus “durs” pour le coup : j’ai remarqué qu’il avait parfois l’audace de critiquer des gens en citant leurs noms, de balancer des phrases assassines sans réfléchir aux conséquences ou des fois simplement pour lancer une petite crotte de nez, ce que j’ai beaucoup fait dans le projet et dont je suis bien content !

Récemment, tu as sorti un morceau inspiré  de Top Chef intitulé “Saucisse” et  également le titre “Barbapapa”; Peux-tu nous en parler ?

L’histoire de Saucisse est marrante. Un très grand ami beatmaker faisant partie du duo Sabbej Prod était en train de préparer un EP avec plein de rappeurs de ma ville et m’avait demandé si je voulais être dessus. Je lui avais répondu que oui, évidemment. Et il aime souvent me mettre des défis dans les prods, m’emmener sur des terrains que j’ai pas encore exploré. Il m’envoie donc cette prod, je me suis dis “qu’est-ce que je vais bien pouvoir foutre là-dessus ?” et j’ai décidé de prendre le contrepied, critiquer les gens qui font des morceaux très faciles d’accès et dansants juste pour faire des tubes sans grande substance dans le but d’être une idole de 4 jours et de s’en foutre plein les poches mais sur cette prod qui est l’archétype de ça, un rythme dansant, une flûte qui reste dans la tête et un tout qui sonne assez tube d’été.

J’ai vraiment juste commencé le morceau avec “qu’est-ce que j’branle sur cette prod ?” et après j’ai laissé couler. Je l’ai enregistré, l’ai envoyé à mon équipe en mode “écoutez, on a encore enregistré une belle connerie” et ils ont tous surkiffé le morceau alors on l’a “sublimé” en studio avec Loko toute une journée, au d’ailleurs nous a haï tant il avait cette flute dans la tête ! Et puis y a quand même pas mille morceaux qui s’appellent Saucisse ahaha !
L’idée du clip vient de Loko, qui joue dedans d’ailleurs. A force de l’avoir écouté, ayant beaucoup travaillé dessus et l’ayant mixé, il nous a dit que ça hantait ses nuits et qu’il avait rêvé du clip ahaha ! Il nous a proposé l’idée de faire une espèce de parodie d’émission de cuisine mais où je fais n’importe et on a trouvé ça super drôle alors on l’a fait. Quelle légende Loko…

Pour ce morceau, on était en studio avec Sabbej une fois de plus. Rémi (l’un des deux) commence à jouer un truc au piano qu’il jouait quand il était gosse et fait la prod en dix minutes pendant que je suis derrière sur le canapé, en train de pas foutre grand chose. Comme à son habitude, jamais satisfait de lui, il met le son sur les enceintes juste pour voir ce que ça rend mais compte supprimer la prod quoiqu’il arrive, considérant que c’était juste pour se mettre en jambe. J’entends la prod, je lui dis “gros c’est la folie, envoie-là moi”. Il me répond “non non je la supprime, on fait autre chose”. Je lui ai dit que c’était un grand malade. Il a quand même accepté de me la laisser tourner, et j’ai eu le “hulahup barbatruk” qui revenait sans cesse alors j’ai trouvé une facon marrante de l’amener en parlant d’anulingus et après j’ai fait de l’egotrip qui rime de rappeur et c’était torché !

Et les textes ? Comment as-tu commencé à poser ?

J’ai toujours écrit des conneries pour passer le temps. Quand j’étais plus petit et que j’écoutais de la chanson française, forcément je comprenais pas tout ce qui se disait, même souvent rien du tout alors j’écrivais un peu n’importe quoi pour faire “comme eux” mais du coup ça voulait rien dire.
Mais alors que je faisais des chansons tristes, j’étais allé voir un concert de rap et j’avais vu le public sauter et s’enjailler de ouf et je me suis dit que je voulais que maintenant les gens s’amusent aux concerts plutôt qu’ils chialent alors je me suis mis au rap, que j’écoutais déjà beaucoup mais je n’osais pas passer le pas. Et après ça a coulé et je ne fais que ça, j’écrivais des grands 16 mesures en cours de philo avec une prod dans la tête, c’était terrible ! Et comme j’ai toujours fait de la musique, j’ai pas eu ce problème de rythmique en commençant à poser meme si c’était forcement nul quand même au début et que j’avais pas trop de notion du flow. Mais ça s’apprend et ça demande du travail, comme tout. Sauf la zumba.

A quoi devons-nous nous attendre avec ton premier projet qui vient de sortir ?

Rien.

Quelles sont tes influences ?

Je préfère vous épargner une liste de 100 noms qui serait bien relou alors je dirais que ça se situe entre Henri Dès et Alkpote.

Qu’est-ce qu’on trouve comme musique si on fouille dans ton téléphone ?

Un mélange de free-jazz, de Jul, de metal suédois et de comptines pour enfants, entre autres. Et beaucoup de mes morceaux qui sortiront jamais et que j’adore écouter égoïstement.

C’est quoi tes projets pour la suite ?

J’ai énormément de morceaux finis, d’autres en cours et je pense qu’on va se revoir bientôt ! Mais je vois pas trop à long terme, je change assez vite d’avis et je pourrais avoir envie de faire un album de country dans 4 ans.