CHRIS KARJACK – LE RAPPEUR DE MARSEILLE SUR QUI IL FAUDRA DÉSORMAIS COMPTER

Christian Verin

Chris Karjack a atterri à Marseille il y a deux ans suite à son incarcération aux Baumettes. Il y a notamment rencontré Soso Maness et en est sorti plus déterminé et réfléchi que jamais. Il est resté dans la cité phocéenne où il se plait pour l’instant et peaufine son projet musical. Nous avons rencontré un artiste à une période charnière de sa vie, animé par l’envie de se faire une place dans le rap.

Dans quel environnement as-tu grandi et comment en es-tu venu à faire de la musique ?

J’ai grandi dans des foyers, des familles d’accueil, des services sociaux. Disons que j’ai commencé le rap en écoutant surtout. J’ai commencé à faire du rap en écoutant beaucoup beaucoup beaucoup de rap. J’ai commencé petit à petit vers mes 22 piges.

Quels sont les artistes qui t’ont inspiré au départ ?

Quand j’étais jeune j’écoutais beaucoup 50 Cent, son premier album « Get Rich or Die Tryin ». J’écoutais aussi beaucoup Don Choa, « Vapeurs toxiques », énormément. J’ai ma grande soeur qui écoutait aussi beaucoup Lunatic, Booba à l’époque, Booba à l’époque de Destinée. Elle écoutait aussi beaucoup Fonky Family « Si Dieu Veut ». Donc voilà, c’est autant d’influence que j’ai eue.

Et aujourd’hui, quels sont les artistes qui t’inspirent ?

Moi j’aime beaucoup Sch, j’aime beaucoup ce qu’il fait. J’aime beaucoup ce que mon poto Soso Maness fait aussi. Booba bien évidemment, tous les gens qui sont bons en vrai. Je m’imprègne aussi beaucoup de la vibe cainri. J’aime bien le rap US. J’écoute en ce moment Lil Baby, Young Dolph, tous ces gens-là. J’aimais bien Nipsey Hussle aussi. J’écoute un gars d’Atlanta aussi qui s’appelle Bankroll Fresh. J’écoute un mec d’Atlanta qui s’appelle Peewee Longway. J’écoute tout ça un peu tu vois.

A quel moment tu t’es dit que t’allais mettre autant d’énergie dans la musique ?

Quand le label avec qui j’avais l’habitude de bosser sur des visuels, avant qu’ils me produisent, m’a ramené, assez tôt, ce côté carré de la chose. Et voilà j’ai décidé de m’y mettre de plus en plus sérieusement, qui plus est encore plus quand je suis sorti de prison tu vois.

Et aujourd’hui qu’est ce qui te motive à faire de la musique ?

Aujourd’hui ce qui me motive à faire de la musique c’est que j’aime beaucoup ça. C’est le challenge tu vois, de faire toujours mieux, de grimper, de voir jusqu’où je peux aller. C’est vraiment d’explorer, de voir jusqu’à où je peux aller dans ce truc-là.

Qu’apprécies-tu le plus dans ce processus de faire de la musique ?

Ben c’est un peu comme on est en train de faire aujourd’hui, c’est toute cette organisation. C’est du sport un peu. Surtout quand t’es en indé tu dois organiser pas mal de choses tout seul. C’est similaire, je pense, à ce que font les entrepreneurs au quotidien et j’aime beaucoup beaucoup ça.

De manière générale, quels sont tes centres d’intérêts dans la vie ?

Mes centres d’intérêts sont toujours plus ou moins liés à la musique. Je cherche la sécurité financière, je cherche à être meilleur. Franchement à part la musique c’est un peu, entre guillemets le néant. Je ne suis pas quelqu’un qui m’intéresse vraiment au football ou autre. Je n’ai pas vraiment d’autres domaines qui m’intéressent tant que ça. Moi vraiment ce qui m’intéresse c’est la lutte dans la vie, pour faire mieux, pour être meilleur qu’hier. C’est un job à plein temps, c’est une philosophie de vie qui te prend à plein temps.

En mars tu as sorti ta mixtape « L’Heure du Chris ». Que t’a apporté ce projet ?

Cette mixtape m’a apporté l’opportunité de livrer aux gens une carte de visite, que ce soit aux gens de l’industrie ou aux auditeurs qui attendaient ça bien évidemment. C’est une carte de visite sur un projet long format, je ne l’avait d’ailleurs jamais fait, c’est une grande première.

Aujourd’hui quelles sont tes journées types ? Consacres-tu tout ton temps à la musique.

Non, je travaille à côté de ça. Je bosse chez Courir en tant que vendeur de sneakers à Marseille. La journée type de Chris c’est quoi ? Je me lève pour aller bosser mais si j’me suis levé quelques heures avant l’heure d’aller bosser ben je vais enregistrer chez moi dans mon home studio, ou vice versa. Si je termine tôt dans la journée le soir j’enregistre. Voilà, de toute façon je consacre ma vie au fait de faire de l’argent pour m’en sortir. Je suis vraiment focus sur mon objectif tu vois. Ça, le sport et cetera. Je ne fais que ça, j’œuvre uniquement pour ce projet-là, en tout cas pour le moment.

Tu t’es mis au sport aussi ?

Ouais j’ai commencé le sport. Faudrait que j’arrête de fumer. J’aimerais arrêter de fumer la clope, j’ai arrêté le shit il y a longtemps.

Tu t’es fait un home studio ?

Exactement, petit home studio. Ça ne fait pas longtemps du tout. J’ai découvert ça, j’avais quelques petites notions informatiques de quand j’étais plus jeune et du coup c’est un confort de ouf. C’est nouveau pour moi, c’est lourd, c’est très satisfaisant aussi. C’est incroyable.

Tu fais les choses en solo maintenant ?

Au niveau des prods je suis ouvert à toute collaboration avec diverses beatmakers. Moi je ne fais pas mes prods. Chez moi je fais mes prises de voix et je les envoie à des gens qui me les mixent.

Pourquoi as-tu choisi de t’installer à Marseille ?

Marseille ce n’est pas tellement une ville que j’ai choisie, c’est une ville où je suis resté depuis ma sortie de prison vu que j’y ai été incarcéré. J’ai été incarcéré à la prison du Pontet, à proximité d’Avignon et j’ai été très très tôt dans ma peine transféré aux Baumettes. À ma sortie des Baumettes, je suis resté à Marseille. Je ne savais pas vraiment où aller donc je me suis dit je reste là. Et ça fait deux ans que je suis à Marseille.

Et comment perçois-tu cette ville ?

C’est une ville accueillante, c’est une ville d’accueil. Je pense que toute personne venant d’ailleurs en France et posant ses bagages à Marseille s’y sent rapidement chez lui. C’est une ville sulfureuse, c’est une ville chaude. Tu as vu les températures. C’est une ville qui bouge. Et c’est une ville de rap aussi, à l’image de Paris également. Sauf que nous n’avons pas les grandes maisons de disques ici et cetera mais c’est une ville qui bouge. C’est une ville où je me plais à être actif et j’ai pas mal d’outils, ici, de manière locale, qui vont me permettent de franchir quelques steps que je me fixe.

Que penses-tu du rap marseillais aujourd’hui ?

Comme je te disais j’aime beaucoup Sch, ce n’est pas un secret, j’en ai déjà parlé. J’aime beaucoup ce que Jul a ramené, sa personnalité. J’aime beaucoup, bien évidemment, mon ami, avec qui j’ai été incarcéré, Soso Maness, qui est quelqu’un d’intelligent, qui est quelqu’un qui a envie tu vois. Il y a de l’énergie, il y a beaucoup d’énergie dans le rap marseillais.

Quels sont tes rapports avec Soso Maness, tu lui parles toujours ?

Bien sûr, bien sûr. Je parlais encore avec lui sur Instagram tout à l’heure. Et on se voit assez fréquemment.

As-tu fais de bonnes rencontres sur Marseille au niveau du rap depuis que tu y habites ?

Depuis que j’y habite je n’ai pas fait tellement plus de rencontres que celles que j’avais déjà faites. je connais L’Adjoint, je connais Skizzy du groupe Zbatata avec qui je suis toujours en contact également. Soso que j’ai rencontré au carpla. Et non franchement j’ai pas rencontré plus de gens que ça finalement.

Récemment j’ai vu que tu étais avec Jarod aussi, quelle est ta relation avec lui ?

Ben écoute, Jarod c’est quelqu’un qui voyage beaucoup, à l’occasion quand il passe dans le sud de la France on ne rate pas trop l’occasion de se péter. On fait des cessions studios et il en découle ce qui en découle. Parfois un titre, parfois non. Mais en tout cas c’est toujours un plaisir de croiser le caméléon.

Si tu devais faire la collab française de ton choix, ce serait quoi ?

Clairement, Sch. Même te dire Sch… le rap français en ce moment il est tellement bon qu’il y en a trop tu vois.

Qu’est ce qui te touche dans la musique d’Sch ?

Sa plume, le personnage qu’il a ramené. Je trouve que c’est du rap du sud mais d’un autre niveau. Toute cette image, tout ce travail là. Je trouve ça très très qualitatif.

Et si tu devais faire une collab US ?

Ah, une collab Us. Si j’avais une collab Us que je rêverais de faire, je ne sais pas du tout. Si j’avais pu ça aurait été Nipsey Hussle, ce n’est plus possible. Moi j’aime beaucoup Kevin Gates aussi. J’avais oublié de te dire ça aussi tout à l’heure. Kevin Gates j’aime trop mais le rap US je ne pourrais pas vraiment te dire comme ça parce que finalement au moment où j’te parlerai de quelqu’un, il y a quelqu’un d’autre qui va émerger et c’est cette personne avec qui j’aimerai plus faire un featuring par exemple.

Tu suis beaucoup l’actu.

Je suis plus ou moins l’actu, il y en a qui, je pense, la suivent encore plus que moi. Mais le rap US c’est tellement dingue qu’à chaque fois ils sortent du tiroir quelqu’un d’exceptionnel.

Question importante, que nous prépares-tu ?

Pour le moment j’ai mis le projet en stand-by. J’étais sur l’album et j’ai mis le projet en stand-by. Je prépare des tas de contenus destinés aux réseaux sociaux, à instagram. J’aimerais élargir mon audience avant de revenir avec un projet quelconque.

Et à quoi peut-on s’attendre concernant ton orientation musicale ?

On peut s’attendre à un retour aux sources mais on peut aussi s’attendre au fait que je ne m’interdis rien et que je me plais à développer des techniques de travail que je n’avais pas avant et à essayer des choses que je ne faisais pas avant. On peut s’attendre à tout finalement.

Comme quoi par exemple ?

Du chant. Là j’ai quelques sons déjà qui dorment et qui sont lourds de ce côté-là, qui sont vraiment dans un style que vous n’avez toujours pas écouté venant de moi. Mais un retour aux sources également. Par exemple tous les contenus qui sont destinés aux réseaux sociaux, la majeure partie ça va être du kickage très certainement. Mais même là-dedans ça sera évolutif.

Où tu te verrais dans 5 ans ?

Je pense que j’aimerais avoir quitté Marseille pour une autre ville qui m’apportera d’autres choses.

Tu as des idées de villes ?

Franchement je n’en ai pas la moindre idée, je n’ai pas envie de parler pour rien ça pourrait être plus ou moins logiquement Paris, peut-être le Canada je ne sais pas.

Tu sais qu’à un moment donné tu bougeras d’ici.

Je n’en ai pas la certitude parce que la vie c’est fou mais en tout cas si un jour je trouve que Marseille devient trop petit pour moi, et je ne parle pas de célébrité ou quoi, je te parle dans ma tête, et bien je m’en irai.

Une de tes particularités c’est que tu as un gros vécu, qu’est-ce que ça t’apporte dans ton art, dans ta musique ?

Ça m’a apporté dans ma musique et dans ma manière d’être de grandes leçons. Ça me donne encore plus la gagne, encore plus envie de ne pas lâcher, encore plus envie de croire au fait que réaliser ses rêves c’est possible. Rien qu’aujourd’hui je ne pensais pas que j’allai faire des interviews, que des gens pouvait prendre des photos et cetera avec moi. Je suis quelqu’un d’extrêmement résistant aux épreuves de la vie en tout cas et donc je suis chaque jour de plus en plus armé, je trouve. Je m’accomplis de jour en jour. En spiritualité, en philosophie de vie, en manière de réagir à certaines choses. Je suis en train de m’accomplir chaque jour et je trouve ça magnifique, c’est un grand bien être. Je me sens très très bien au moment où je te parle.

J’ai beaucoup évolué en peu de temps, exactement. Mais il y a des choses aussi que j’ai comprises très tard alors que j’aurais pu les comprendre plus tôt mais j’ai l’impression que je suis en train de m’accomplir en tant qu’homme de plus en plus tu vois.

Tu as beaucoup évolué en peu de temps si je comprends bien.

Quelles sont les choses que tu as comprises tard ?

Maîtriser tout ce qui est mon impulsivité et cetera. Ça m’a beaucoup joué défaut jusqu’à très tard. Pas spécialement dans la musique parce que je suis quelqu’un de correct mais dans la vie. Être plus réfléchi aussi parfois, moins agir sur un coup de tête. Être plus rationnel dans mes choix, plus calculateur avant d’emprunter une route et cetera.

Chris, merci pour cette interview, on te souhaite le meilleur.

Merci beaucoup à vous.