UNE CONVERSATION x JAZZY BAZZ

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Deux mois après la sortie de son premier album, P Town, Jazzy Bazz a pris le temps de disserter avec Da Vibe autour de son premier Opus. C’est de manière sympathique et détendue que le rappeur, qui sera en concert ce 28 mai 2016 à la maroquinerie,nous invite dans l’univers P Town et dissèque tous ce qui le caractérise. Un entretien empreint  de pédagogie, de poésie et surtout  d’un sens de la précision qui lui est propre.

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Premièrement, comment juges-tu les retours sur  «  P- town » ?
JZB : Positif

Tu t’y attendais ?

JZB : J’espérais que ce soit positif et du coup je suis satisfait de voir que les gens kiff. C’est sûr,  quand on prépare un projet, on a des espérances, des craintes et la crainte que ca ne plaise pas existait, puis  finalement je vois que ça plait aux gens donc je suis content

Dans cet album tu partages pas mal de choses actuelles, comme ton point de vue sur la tolérance dans le morceau P-Town «  c’est l’amour que j’prône, pas votre hypocrite tolérance ». Dans le langage commun la tolérance est assimilée à l’amour, pas pour toi ?
JZB: Non moi ce que j’aime bien c’est  jouer avec les mots, par exemple l’autre jour je regardais “Ce soir ou jamais” et le  thème de l’émission était «  comment réconcilier les anti-racistes », et finalement toute l’émission n’a tourné que sur le sens des mots. Là, je ne veux pas faire un truc sur le mot tolérance, comme tu dis il est assimilé à quelque chose de beau, moi je propose de passer à l’étape supérieure. C’est peut être personnel mais je vois dans ce mot une racine qui veut dire « se supporter », comme si à la base il y avait un problème, et du coup c’était pour m’amuser avec ce mot là par rapport à ce qu’il évoque pour moi.  Sauter l’étape et aller directement à la case s’aimer plutôt que se tolérer.

L’amour reste donc le seul et réel pare-feu ?
JZB : Ouais, l’amour faut que ce soit naturel aussi, (il réfléchit) on ne peut pas forcer les gens à s’aimer

Donc il faut les forcer à se tolérer ?
JZB : Et bien comme j’ai dit c’est une étape, moi ce que je voulais dire c’est qu’on peut aussi sauter cette étape mais cela nécessite de la réflexion et du recul. Je ne dis pas que c’est quelque chose de négatif la tolérance, je dis «  votre hypocrite tolérance » parce que quelques fois, elle peut l’être, quand justement elle est dite pour cacher un problème

Aujourd’hui utilises-tu ton rap comme une arme de dénonciation ?
JZB : Je trouve que je ne dénonce pas beaucoup comparé à NTM à l’époque, Assassin n’en parlons même pas, La Rumeur, Kenny Arkana. Il y a pleins de gens qui sont sur le terrain politique, moi je n’y suis pas du tout. Quand on écoute ma musique, mon axe d’écriture c’est plus ou moins ce que je pense mais d’une manière plus personnelle que sociétal. La musique que j’écris, même si ce sont des mots, je considère que ce sont des notes de musique et que des mots genre «  SYNDICAT » «CONTESTATION » je trouve que ca sonne pas très beau tu vois (rires) Mon son le plus contestataire, c’est celui  le PSG, ce n’est pas non plus un grand combat hein (rires)

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Il y a quand même pas mal de petites contestations distillées par ci par là dans l’album ?

JZB : Oui oui ça m’arrive, la police ça m’arrive… je les déteste (rires). Oui il y aussi l’hypocrisie politique et tout, c’est agaçant donc ça m’arrive d’en parler vite fait. Puis après, des trucs que beaucoup de jeunes pensent, c’est pas mal d’en profiter et d’en parler par exemple sur certaines choses que les medias rabâchent et qui peuvent être offusquants

Cet esprit contestataire et surtout l’envie de le mettre en musique, quand est ce que ça t’as pris ?
JZB: Dans mes premiers sons, j’étais beaucoup plus contestataire, vu que j’étais vachement influencé par NTM, Assassin et tout… après je suis rentré dans un truc de faire des sons plus « smoove » tranquille. Quand j’étais petit, j’étais plus politisé, genre au lycée j’adorais les débats, casser les gens, c’était déjà les clashes en fait (rires),

Tu participais au blocus ?
JZB : Non je ne faisais pas les blocus, je remerciais le gars qui se levais le matin pour l’organiser, mais moi je restais chez moi, je serais toujours un feignant avant d’être un homme politique (rires).Mais plus sérieusement, l’envie de contester me prend de plus en plus, j’écoute beaucoup plus la radio qu’avant et du coup je suis de plus en plus énervé

Il y a aussi une certaine mélancolie dans l’album, est ce que dans ton processus d’écriture tu es plus productif lorsque tu es triste ?
JZB: C’est dur d’écrire quand t’es vraiment triste, on a tous de la mélancolie et quand t’écris et que tu la fais rejaillir ça fait du bien. J’ai déjà écrit en étant au bout du rouleau, ce n’est pas facile mais ça peut te soigner, c’est une sorte de thérapie.

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Paris est une ville mélancolique selon toi ?
JZB: Déjà ce n’est pas une ville archi festive, on ne va pas se mentir, pour aller faire la fête on va ailleurs, on s’casse.Le vrai parisien essaye d’améliorer l’image du parisien, il n’est pas mélancolique pour autant selon moi, il est plutôt nostalgique. Il aime bien le coté fantasmé de Paris avec toute la poésie que ca implique, il aime flâner un peu et se laisser aller à des discussions de philosophie de comptoir.Ce qui est faux des parisiens est, qu’on serait malintentionné, je ne pense pas que le parisien soit malintentionné, il est juste méfiant.  Et ce n’est pas plus mal : cela commence par la méfiance et finalement si on s’entend bien, cool ! Alors que si on compare avec Los Angeles : direct tout le monde est trop cool et finalement dès que la personne a franchi la porte, ca l’incendie. Au moins, nous à Paris, on s’incendie presque en direct, en face a face, le parisien est franc.

Tu sembles avoir mis le paquet sur le coté technique tant dans les textes que dans le son au niveau du mixage etc.…. Chose peu commune dans une ère ou pas mal de projets quasi de basses qualités sonores émergent  et se vendent plutôt bien
JZB: On parle souvent de chaîne de production dans la musique, autant que la première étape soit de qualité. Les potes, ils sont un peu mabouls, moi à la base je m’en foutais, ça me soulait même, ils me disaient de me mettre à telle distance du micro, super près puis super loin (rires). Mais quand tu sais que souvent c’est écouté sur Iphone etc… Quand tu fais le mastering tu essayes que ton son puisse être écouté sur tout et qu’au mixage ça envoie du lourd. J’ai vu une étude qui disait que la majorité des sons sont écoutés sur des laptops sans enceinte, le son de la basse tu ne l’a quasiment jamais sur un laptop. Du coup, on se dit : tout ce travail pour que ce soit écouté dans de mauvaises conditions. C’est un peu dommage mais c’est l’époque, c’est comme ça et on ne va pas faire un son non plus pour que ce soit écouté sur le laptop parce qu’il y a quand même espoir que ça se retrouve en boîte de nuit, chez des gens qui ont un bon tossma.
Quand j’écoute un son sur laptop, je considère que je l’ai pas vraiment écouté, t’es pas imprégné, t’es pas immergé. Même quand je veux faire découvrir un son à mes gars je le fais pas sur laptop, tu peux écouter un MC genre en Freestyle, voir comment il kick mais un son, non : il n’y a pas de profondeur. Moi ce que j’aime dans la musique, c’est la profondeur et quand y’a plusieurs niveaux, plusieurs dimensions, limite tu sens que physiquement tu peux te déplacer

Comment tu as acquis toute cette science sur la technique sonore ?
JZB : C’est pas mal grâce à Lionel Elsand, on était au lycée ensemble et il savait déjà qu’il voulait devenir ingénieur du son. On a tout fait ensemble, mes premiers sons c’est lui qui les a mixés.
À l’époque, on était tous en formation, aujourd’hui je trouve qu’il a un niveau très fort, il va encore progresser, moi aussi dans mon rap, dans ma musique. Grâce à lui, j’ai cette exigence et grâce à d’autres aussi

Tu vas commencer à défendre cet album sur scène, tu seras sur scène avec des musiciens ?
JZB : On a déjà commencé avec les musiciens à Marseille et Toulouse, c’était rempli ca fait plaisir.  Ça s’est très très bien passé. On part avec un batteur qui a une batterie en partie électronique qui permet de recréer les effets de batteries des chansons originales, on a Monomite et Loubensky qui s’occupent des claviers, des guitares, de la basse, d’envoyer les samples.    Quand on écoute mon album, on peut croire que sur scène ca peut être un peu chiant et qu’on ne va pas sauter alors qu’on passe le concert à sauter, à s’amuser et aussi, quand on est avec des musiciens, il y a cette crainte de plus retrouver le son de l’album, mais là ce sont les mêmes morceaux juste avec l’énergie du live et des trucs revisités où les musiciens se lâchent

Lorsque tu as écrit l’album, tu savais que sur scène tu voulais le faire avec des musiciens ?
JZB : Je commençais à y penser, comme les gars le font par rapport à la radio tu vois. Je voulais faire un album que t’écoutes tranquille posé chez toi. Mon album, si tu le mets à tes potes qui ont envie de s’enjailler, tu ne vas pas les convaincre.

On sort parfois un peu de Paris dans l’album, par exemple dans “Le roseau” il ya des assonances asiatiques
JZB : C’était plus pour le délire sagesse, après j’aime  pas mal de trucs dans les cultures asiatique : le cinéma etc.…

Tu rends hommage à Paris quasi tout au long de l’album, tu te verrais la quitter un jour et aller vivre ailleurs ?

JZB : Je veux jamais faire de trucs sur l’avenir ca me stress (rires). Je me vois bien vivre a New York mais revenir à Paris, passer a Buenos Aires vite fait… Si je dois faire du rap je dois faire beaucoup de concerts, donc je ne peux pas me casser comme ça. Le top serait d’avoir un skateboard volant pour aller où je veux (rires)

Tu es argentin, lituanien, polonais,  italien, si tu étais footballeur tu aurais opté pour quelle sélection ?
JZB : ARGENTINA !  (Rires)… Non, en vrai  l’équipe de France

Tu aurais eu ta place ?
JZB : Moi j’étais gardien, je pense qu’en France j’aurais eu ma place, en vrai Mandanda il pourrait très bien être titulaire à l’Euro, on se demande si Lloris finalement : est ce qu’il est au max et tout ? Donc j’aurais bien sauté un gardien français (rires). Mais Mandanda, en vrai il est très très chaud ! Le débat en ce moment c’est Benzema… bon je pense qu’à un moment il faut arrêter: le gars, c’est quand même l’avant centre du Real De Madrid ! Gignac c’est du bon aussi, il fait une bonne saison. Giroud, je ne suis pas fan, après on a gagné la Coupe Du Monde 98 en alignant Guivarch en finale hein et il est gâté hein mais on quand même gagné ! (rires)  Mais en vrai, je jouerais pour l’Argentine, plus pour la ferveur.

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T’as déjà été en Argentine ?
JZB : Ouais cinq fois, j’ai toute ma famille maternelle en Argentine, donc je vais les voir de temps en temps

Poser sur une instru aux assonances Argentine, c’est quelque chose qui te tenterait?
JZB : J’aimerais bien, par exemple la musique brésilienne se prête  pas mal aussi au hip hop, J Dilla a été l’un des premiers à samplé de la bosa nova. C’est très beau en termes de notes  et en termes de rythmique. Après la musique argentine, celle qui la représente le plus c’est le tango. Il y a eu des groupes qui faisaient du tango de manière très moderne, là ça se joue moins au niveau de la rythmique mais plus au niveau des instruments. Ça peut être intéressant, j’aimerais bien.

Tu sembles autant attaché à l’esthétique sonore que visuelle, tu participes pleinement  à la direction artistique de tes clips ?
JZB : Je travaille avec différents réalisateurs, c’est la famille. L’intérêt d’un réalisateur est qu’il  te soumette une idée. J’écoute leurs idées parfois je ne les aime pas donc j’en redemande une autre, je propose une direction et je leur laisse carte blanche.

Dans 3.14 tu évoques  le film Tchao pantin, tu fais également référence aux films de Scorsese dans Lay Back et au film Ghandi dans 3h33, tu sembles avoir une certaine culture du cinéma, puises-tu dedans pour  tes clips ?

JZB : A coté de mes gars réalisateurs, je ne suis qu’un padawan, eux ont une grosse culture cinématographique. Je leur fais confiance à 4000%, j’aime que les clips qui ressemblent à des scènes de ciné, ça nous parle autant à eux qu’à moi

Tu as un son de l’album qui s’appelle Joker, dont tu es fan, as-tu été au cinéma  voir son poto Batman se fight avec Superman ?
JZB : Je vais y aller mais tout le monde m’a dit que c’était de la merde (rires) tu l’as vu toi?

Oui, c’est très très différent des Nolan pour le coup…
JZB : Je le verrais peut être pour golri en streaming (rires)

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Au vu des premiers extraits de Suicide Squad, que penses-tu de Jared Leto en Joker ?
JZB : J’aime bien quand il y a une nouvelle interprétation, je ne suis pas attaché à un Joker en particulier. Au vu des premières images je le trouve stylé de ouf, il est rock’n’roll !

Tu t’attaches plus facilement  aux gentils ou aux méchants dans les films ?
JZB : Aux méchants direct (rires) !  Surtout dans Batman, si on regarde la série animée, ils prennent le soin de développer comment chaque méchant sombre et on s’attache vachement aux méchants. Ce n’est jamais  anodin, ce ne sont pas des méchants qui n’ont aucune raison d’être méchant, c’est touchant.  Batman est un personnage qui a une histoire forcement très touchante mais qui finalement est assez froide. Le double épisode que je recommande à tout le monde dans la série animée, c’est celui où Harvey Dent devient double face : c’est trop d’émotions ! D’ailleurs, je suis assez énervé contre Batman, lui qui soit disant doit défendre une certaine morale, je considère qu’il tue l’homme de sable dans un épisode. Il brise son histoire d’amour à ce mec là et donc c’est un gros batard Batman, c’est une vraie pute (rires)   Je ne suis pas fin expert non plus hein je n’ai pas tout exploré, j’ai juste de quoi répondre en interview et faire le connaisseur (rires)

Ta notoriété va encore s’accroître avec cet album, justement cela sera peut être pour toi plus difficile d’aller tranquillement au cinéma. Parfois la notoriété peut faire tomber dans une certaine facilité. En bref elle peut être source de problèmes, certains avancent même que la notoriété est le poison de l’artiste, qu’en penses-tu ?
JZB : J’en parle dans l’album, dans  Lay Back je dis «  leur succès, un poison, une fois connu leur art se nique »

Tu t’inclus dedans ?
JZB : Bien sur !  Je le constate, quand on a commencé à être connu avec L’entourage, on a eu la grosse tête l’espace d’une session de studio. On devait refaire un son, et on s’en battait les couilles !  On calculait plus d’essayer de bien faire le son, on avait vraiment pris la grosse tète. Quand on a constaté qu’on avait vraiment  moins bien fait le son et que c’était une erreur de notre part, on s’est tous calmé, parce qu’on est de vrais passionnés de musique et si ça détériore la musique ça va pas le faire.

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Où se situe le problème selon toi ?
JZB : Le problème principal ne vient pas du fait que la notoriété te tombe dessus, le problème c’est que certains vont chercher la notoriété. Dans le rap, le foot,  tous les trucs où y’a de l’exposition, tout le monde veut le faire alors qu’il y qu’une infime partie qui a vraiment la passion !  Nous, quand on a commencé le rap, on se disait que ça ne marcherait jamais : on faisait du rap à l’ancienne et c’était vraiment  enterré tu vois c’était fini, du coup c’était vraiment de la vraie passion. Finalement on est connu, on est super content, parce qu’il n’y a rien de mieux que de vivre de sa passion. Le problème c’est l’attirance qu’ont les gens pour la notoriété. Moi-même, je rêvais d’être connu comme tout le monde, savoir ce que c’est, y goûter.

Alors comment perçois-tu ta notoriété ?

JZB : J’ai vraiment de la chance d’avoir une notoriété par rapport à ce que je fais, on me sollicite et me reconnait par rapport à ce que je fais. C’est une chance par rapport à ce qui font de la tv. réalité par exemple. J’ai la chance de ne pas être extrêmement connu, j’ai  la notoriété qui me permet de voir à quel point cela pourrait être un gros problème d’être extrêmement connu. Ça doit être l’enfer : je ne signerais jamais pour présenter le JT de TF1, le gars peut ne pas être tranquille.

Plus globalement, concernant ton image, tu sembles faire attention à ton style, tu as des préférences et références ?
JZB : J’ai une préférence pour les marques anglaises, j’aime bien Fred Perry. J’apprécie pas mal les bagues, c’est Quentin Pontonnier qui a sa marque,tantdavenir.com, qui me fournit. Dès qu’il a un nouveau modèle je l’ai en premier, j’ai cette chance. Il m’avait filé des bagues pour un clip, « Les Chemins », il fait aussi des colliers, avec des pièces de monnaie anglaises. J’aime bien allier le style anglais au style français, j’apprécie beaucoup Lacoste par exemple. J’aime aussi certaines marques américaines, après je porte  aussi du Puma, Adidas…

Que penses-tu du mouvement qu’a généré l’ouverture du Shop de la marque  Supreme à Paris ?
JZB : J’aimais bien suprême j’avais 2-3 trucs, Colette en vendait c’était le seul moyen d’en avoir, sans faire le Old timer c’était en 2007, ça va faire presque  10 ans ! (rires). Je n’ai pas trop suivi après, la marque était un peu inaccessible, je voyais pas du tout ça comme un truc qu’il me fallait et je n’avais pas trop aimé le magasin à New York.  Il y a eu une évolution concernant les gens qui portent cette marque, je respecte le fait qu’ils se reconnaissent là dedans, qu’ils sentent appartenir à un style de vie.

© Kopeto 

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